Walking down the streets of Caen can be intense. It is fortunately not gloomy nor depressing, but when I think of all the cultural heritage destroyed during WWII I do get a bit upset.

“Freedom’s possibility is not the ability to choose the good or the evil. The possibility is to be able” Søren Kierkegaard (1813 - 1855).
Happy Birthday Kierkegaard!!!

I have been thinking about writing a critique of Rameau’s Hippolyte et Aricie. I was very inspired during the performance Wednesday June 27th at the always exquisite Opéra Garnier. This French opera or Tragédie lyrique from 1733 isn’t but the first from the pen of one of the most important figures in French music. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) known for his theoretical writings and harpsichord music would continue in the path created by his predecessor Lully, father of the French opera. He did not change the formal structure of the genre, but his unique way of treating and reworking traditional forms (aria, recitative…) brought a certain freshness to the stage of deep long-lasting implications.
This 2009 original production by Ivan Alexandre was performed by the Orchestra and choir of the Concert d’Astrée. The staging’s Baroque-ness seems to have infuriated a couple of opera critics. I found it attractive and relevant. I must confess I have a difficult time understanding the contemporary obsession with transposition. It seems to me a superficial fetish at times. Sure, a transposed opera that is successful in its intent of dramatic actualization can have a great transcendental effect on the public and performance history. But it has to be successful, lucid, inventive and most importantly relevant. This production was sumptuous and fantastic. Exaggerated in the best Baroque style. We are not to forget that this is the opera that was first qualified as « baroque », affected, contrasting and at times kitsch and over-the-top. Some would have preferred to see helicopters and submarines instead. I found the flying Olympians and mythological creatures sincere, beautifully made and very entertaining, without the conceptual snobism of a forced contemporaneity. The choreography by Natalie van Parys was in the same spirit, she did a great research on baroque dance practice and created movements that are contemporary but with an evident and honest 17th century inspiration.
The star of this performance was certainly the music, accompanied by an outstanding choir and secondary characters. The conducting of Emmanuelle Haïm was full of verve, she truly has a brilliantly zestful command of the Baroque musical idiom and its dramatic swing. Rameau’s orchestral writing is grand and characteristic. He experiments with combinations of instrumental blocks to an impressive expressive effect. Independent timbres and risky juxtapositions help create a highly original orchestral color. Solemn and dark at times (the underworld, act II), joyful and pastoral at others (Diana’s realm, act I, the forest, act V). Always masterly.
The handsome Finnish tenor Topi Lehtipuu in the title role of Hippolyte gave an honestly charming performance, but his French diction was unfortunately distracting at times. The oh-so-popular Belgian soprano Anne-Catherine Gillet as Aricie had several moments of sheer beauty and virtuosity, especially in the recitatives. Her musical sensitivity is most admirable.
The soprano Aurélia Legay in the roles of the Great Priestess of Diana / a Huntress was a pleasure to listen to. She showed her vocal virtuosity and a certain fervor that wasn’t only delightful but sensitive and sensible as well. Mezzo-soprano Andrea Hill was an exquisite Diana, her performance was powerful in an almost sensual way.
The British mezzo-soprano Sarah Connolly in the role of Phaedra gave an imposing performance, full of pathos. She showed the madness of her incestuous torment in a most sincere and outrageous way.
French baritone Stéphane Degout as Theseus was one of the shining stars of the evening. Another heartfelt performance full of pathos and verve, his warm yet powerful vocal expression and musical artistry are not to be forgotten.
Soprano Jaël Azzaretti as Cupid was the other soloist shining star. She had several songs and got to show her amazing talent in all of them. She sang the shepherdess’ ariette with violin and flute obbligatti at the end of act V in the most virtuoso and brilliant way.
Last but certainly not least, the choir of the Concert d’Astrée was dazzling. Rameau’s choral writing is impressive and complex, symphonic in its scope and structure and highly expressive. This compositional mastery was done justice by the outstanding performance of the choir. Full of brio and character, not without it’s pyrotechnics, it was also elegant and refined throughout.
Rameau composed this opera, his first, when he was 50 years old. He would compose another 31. A true musical architect, in this first attempt he already shows his command of vocal and instrumental writing and a rich sense of orchestration. At the time his music was very difficult for performers, he required of them not only talent, but musical intellect and dramatic eloquence as well. Exactly what we got served in this wonderful presentation at the Opéra Garnier.


I went this Wednesday to the amazing Cité de la Musique in north-east Paris for a spectacular concert by La Chambre Philharmonique. Debussy’s Petite Suite, Ravel’s Piano Concerto in G major and his Mother Goose suite with Stravinsky’s ballet Pulcinella made the evening an unforgettable one!
Check my French-language critical commentary on www.classiquenews.com !

Orchestre de Chambre de Paris sous la direction musicale de Sir Roger Norrington (HIP) avec le pianiste soliste Emanuel Ax. Vendredi 14 septembre au Théâtre des Champs Elysées.
L’actuel Directeur musical de l’Orchestre de chambre de Zurich, Sir Roger Norrington, vient au Théâtre des Champs Elysées avec l’Orchestre de chambre de Paris pour une soirée dédié à Mozart et Haydn. Premier concert en tant que chef invité de cet orchestre, il est également accompagné par le pianiste Américain Emanuel Ax. Renommé pour ses interprétations sur instruments d’époque ainsi que pour ses recherches sur la pratique « historiquement informée », Norrington nous présente ce soir un orchestre jouant sur des instruments modernes (quoi qu’avec des archets du XVIIIe siècle) mais de façon « historique », donc sans vibrato et respectant à la lettre les indications des compositeurs, entre autres choix esthétiques. Une expérience très intéressante pour amateurs et connaisseurs confondus, le programme presque entièrement mozartien acquiert sous la baguette de Norrington une tonicité vivifiante, montrant avec dignité et cohérence le clair-obscur dramatique de l’art mozartien, depuis longtemps habitué aux pastels et aussi fatigué par les ombres et la langueur d’une esthétique romantique dont la modernité a fait norme.
Premièrement au programme la Symphonie n° 33 en si bémol majeur K. 319 de Mozart. Peu connue, elle a été composée en 1779 à Salzbourg à l’âge de 23 ans. Beethoven s’est servi des mouvements extérieurs comme modèles des mêmes mouvements pour sa huitième symphonie. Dès le premier mouvement, nous sommes devant un orchestre qui maîtrise les contrastes avec une définition et une minutie impressionnante. L’ombre et la lumière sont évidentes, en grande partie grâce à l’absence de vibrato. Il y a tant d’expressivité et de caractère, d’une apparente nature divertissante mais avec des moments d’un sérieux qui élève l’âme aux choses graves. Comme un opéra buffa de Mozart, malgré l’esprit taquin et rigolo, il est vraiment profond. Le deuxième mouvement est un andante cristallin où il règle une nouvelle intimité et où l’on peut voir l’importance des vents dans l’œuvre du Maître Salzbourgeois. Ceux-ci ont joué avec une merveilleuse précision, en particulier les hautbois maestosi. Le troisième mouvement est un menuet inséré en 1782, il est court et gai, surtout coquet. Les interactions des blocs de l’orchestre sont à la fois élégantes et sensuelles. Il est d’un intérêt particulier que Mozart ait choisi une danse paysanne comme inspiration mélodique pour ce menuet, danse aristocratique par excellence. Le dernier mouvement, d’une spontanéité mélodique italienne et d’un sérieux intellectuel allemand, synthétise parfaitement la symphonie. Les cordes jouent avec beaucoup de brio et les vents réaffirment leur rôle primordial avec une prestance et sûreté sans défaut. Pleine d’ombres et de lumières la symphonie a un caractère buffo indéniable, et elle fut le premier morceau de dégustation du clair-obscur mozartien. Le public a été tellement enthousiaste qu’il n’a pas pu s’empêcher de remplir la salle d’applaudissements, même entre les mouvements!
Ensuite le Concerto pour piano et orchestre n° 25 en ut majeur K. 503 de Mozart, achevé à Vienne en 1786. Une mélodie du premier mouvement en forme de marche n’est pas sans rappeler à La Marseillaise, pas encore écrit à l’époque, et le motif principal prévoit le Beethoven de la Cinquième symphonie. L’allegro maestoso qui ouvre l’œuvre montre l’ampleur et la puissance symphonique de l’écriture mozartienne. Les composants de l’orchestre sont bien distingués et on peut percevoir clairement leur pertinence dans le dialogue grâce à la performance historiquement informée. Le soliste Emanuel Ax joue avec une transparence et propreté radieuse et avec une virtuosité indéniable mais sans prétentions. Les contrastes sont bien marqués et il y a une intensité prenante malgré l’absence de vibrato. Le dialogue entre le piano et l’orchestre est brillant et triomphal. Mozart achève ici un équilibre exquis d’intimité et de grandeur. Norrington, quant à lui, réussi à nous transporter à la Vienne de la fin du XVIIIe siècle. Dans le deuxième mouvement, les hautbois et la flûte prennent la parole, la performance des premiers étant particulièrement touchante, ainsi que l’incroyable précision et sensibilité du pianiste. La majesté de son lyrisme ainsi qu’un indescriptible sens de l’humanité de cet andante qui paraît adagio a profondément ému l’audience… j’ai senti Mozart entre nous, souriant, pendant qu’on pleurait la beauté de ses pages. Le réjouissant Allegretto final a été l’occasion pour les cordes de montrer leur impeccable jeu accompagnant avec brio le ravissant dialogue entre les bois et le piano. La flûte arrive finalement à la hauteur des hautbois ainsi que les cors. Ceux-là ont eu quelque difficulté à s’exprimer pleinement sans l’aide d’une certaine langueur romantique, mais ils sont quand même arrivés, s’unissant à la vivacité extraordinaire du mouvement. Le pianiste n’a pas ajouté beaucoup d’ornements à son jeu, mais quand il l’a fait, notamment dans ce mouvement final, ils étaient d’un génie structurel indiscutable. Une véritable réussite.
Emanuel Ax a ensuite joué les Variations pour piano seul en fa mineur de Haydn. Cela a été le moment le plus romantique de la soirée. On a été confrontés de la forme la plus intime à la virtuosité du pianiste ainsi qu’au génie de Haydn. Aussi connue sous le nom d’Andante con variazioni, l’œuvre est au même temps sérieuse et drôle, élégante et élégiaque, d’un humour franc mais raffiné, savante mais d’une chaleur romantique. Haydn, maître du contrepoint sentimental. La virtuosité d’Emanuel Ax a été évidente mais jamais banale; d’une sincère sensibilité, elle montre qu’elle n’est qu’un moyen superficiel d’exprimer des sentiments d’une profondeur inouïe. Le pianiste nous a offert un bis virtuose suite aux chaleureux applaudissements.
La dernière pièce du concert, la Symphonie n°36 « Linz » en ut majeur K. 425 de Mozart, fut écrite en 4 jours au début de novembre 1783 en l’occasion d’un concert imprévu chez le comte Thun à Linz. Il s’agît d’une des cinq dernières symphonies de Mozart, elle surpasse la Symphonie dite « Haffner » (K 385) avant elle et prévoit la majesté de la suivante dite « Prague » (K 504). Le surnom « Linz » n’est pas de la main du compositeur. Si c’était à moi de donner un surnom à la symphonie en rapport avec son contenu, plus qu’à l’endroit géographique où elle a été créée, il serait certainement « l’Odyssée », par sa poétique et son drame, et surtout par sa grandeur. C’est la première symphonie de Mozart avec une introduction lente au premier mouvement, elle est héroïque et intense, d’une solennité presque spirituelle qui n’est pas sans rappeler Don Giovanni. Elle établit le climat clair-obscur de l’œuvre. Dans l’allegro spiritoso qui continue le mouvement les contrastes entre les blocs de l’orchestre sont remarquables. Les vents ont joué avec une précision étonnante, les bassons très présents en particulier, et avec beaucoup de caractère. Les cordes stoïques. Une véritable odyssée instrumentale, très agitée et avec très peu de calme, comme tout voyage transcendant. Les rencontres thématiques dans le chemin sont caractéristiques et leurs effets frappants. Le deuxième mouvement, l’Andante, est un peu martial, comme s’il s’agissait d’une marche envers les nobles sommets de la grandeur. L’orchestre se repose un peu de temps en temps, prend un souffle d’air d’allure bucolique, comme s’il s’inspirait de la nature pour continuer cet ardu chemin de l’excellence. Ici les timpani ont été très présents et déterminés, ainsi que les cuivres. L’atmosphère d’une certaine spiritualité est toujours présente. Le troisième mouvement est un menuet de caractère, par sa brillance et son sérieux il peut rappeler La Flute Enchantée. Les bassons, pas habitués au rôle de vedette, ont participé pleinement dans cette danse, donnant avec sensibilité les plus belles sonorités. Nous sommes arrivés sous la baguette de Norrington à un moment d’une intimité tout-à-fait chambriste, avant de reprendre avec toutes les forces. Le dernier mouvement est le moment de l’apothéose. L’orchestre est magistrale et vivace, brillant et savant, héroïque sans être romantique, toujours chantant. Les timpani étonnants. Le hautbois soliste, la vraie étoile du concert. Le thème qu’il a exposé a été ensuite repris et modifié par chaque bloc instrumental. Variations glorieuses sur le thème final de cette virtuose odyssée musicale. Le clair-obscur mozartien d’une pertinence dramatique stupéfiante entièrement mis en évidence. Norrington nous emmène à Vienne, Mozart à l’univers et au-delà.
On aime comparer Mozart aux maîtres de la peinture, tellement son art est sublime. Raphaël par la grâce, Dürer par la perfection d’une synthèse stylistique, Le Caravage par les contrastes… L’œuvre de Mozart d’une tendre et savante universalité se prête à ces comparaisons, cependant, souvent chez nos orchestres modernes, la plupart toujours suivant des pratiques (post) romantiques, on se contente de peindre Mozart avec une sorte de grâce angélique Raphaëlesque, oubliant sa complexité et son humanité. Ce n’a pas été le cas cette soirée, la performance historiquement informée nous a éclairé. L’élan dramatique de la musique de Mozart, dont le clair-obscur est une partie vitale, a été (re)mis en valeur. Mozart chez Norrington ne fait pas que peindre des beaux tableaux, aussi il pleure, il parle, il danse, il fait des blagues, il s’éclate… Ce soir il souriait, certainement.
Sabino.
Carpe Diem.

Had a transcendental experience tonight at Théâtre des Champs Elysées thanks to Sir Roger Norrington, Emanuel Ax and the Orchestre de Chambre de Paris, but mostly thanks to Mozart and Haydn in a HIP (historically informed performance) on modern instruments!!! Life changing even! Dedicated commentary coming soon! / Mood : Molto allegro, con gioia e con fuoco.




